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"Témoignages"
JE SUIS ENFIN SUIVIE
J'ai effectué des examens sanguins qui ont montré
la présence d'anti-corps VHC.
Mon médecin généraliste m'a suggéré
de ne rien faire tant que cette hépatite ne se manifestait
pas plus. Je sais, par ailleurs, que cette maladie se soigne.
Je ne savais plus quoi faire, qui croire, alors j'ai changé
de médecin. Depuis, j'ai téléphoné
à l'association SOS HEPATITES, j'ai fait des analyses
complémentaires qui ont révélé un
stade d'hépatite modérée, mais active.
Je vais débuter un traitement d'un an §
Je me demande combien nous sommes sans mon cas ?
N. A.
JE SUIS BIENTOT GUERIE
En 1985, je suis restée dans le coma pendant 2 mois en
Neuro-cardio, à Villeurbanne. J'ai eu 59 transfusions
! Petit à petit je perdais mes forces, ma gaieté,
je faisais le vide autour de moi. J'ai découvert que
j'étais atteinte de l'hépatite C en 10994, après
diverses analyses et des journées passées en hôpital
de jour à l'hôpital Hôtel-Dieu à Lyon.
J'ai dû commencer un traitement (3 piqûres par semaine
d'interféron associées à un traitement
à la ribavirine). Au bout de 8 mois, j'ai dû tout
arrêter n'ayant aucune amélioration. La fatigue,
la nervosité, la dépression étaient devenues
mon lot quotidien, la maladie continuait à évoluer
doucement. En 2001, j'ai de nouveau été hospitalisée
et, révoltée, je refusais tout traitement mais
la gentillesse de mon entourage (principalement dans mon travail)
m'a amenée à réfléchir et à
accepter ce traitement pénible. N'ayant aucune autre
alternative, j'ai dû recommencer le tout dernier traitement
: une piqûre d'interféron par semaine et 5 cachets
de ribavirine. Une première piqûre le 6 juin 2002,
un mois après la charge virale était passée
de 400 000 à 3 000. En septembre, j'ai téléphoné
tremblante au professeur attendant le verdict. " C'est
fini, nous avons gagné ". Même au moment où
j'écrie cette lettre, je ne réalise toujours pas.
Je tiens à remercier les responsables pour leur gentillesse,
leurs encouragements et le poste que j'occupe actuellement qui
correspondait à mon souhait (sans oublier mes collègues
Eliane, Renée, Laura et mon fils Anthony).
A maintes reprises, j'ai voulu tout arrêter mais pensez
à vos proches : la famille que je n'ai pas, les amis
à qui j'avais tourné le dos, il y a toujours une
main tendue. Malgré ma guérison, je dois continuer
le traitement jusqu'au mois de juin 2003. Il va me falloir encore
beaucoup de patience mais ma victoire sera pour mon fils ma
plus belle raison de vivre. Un conseil : ne baissez pas les
bras, ne laissez pas tomber. Le nouveau traitement est certes
fatiguant mais le résultat en vaut la peine.
Ghislaine
GERARD
JE SUIS GUERIE
Je voudrais aujourd'hui témoigner pour aider toutes les
personnes qui auraient besoin d'être aidées. Suite
à un cancer, j'ai " gagné " une hépatite
C pour laquelle j'ai été soignée, une fois
3 mois (arrêt à cause d'une grosse anémie)
et enfin 12 mois par bi-thérapie ribavirine/interféron.
Cela a été très dur, pas grand-chose ne
m'a été épargné à part la
perte de cheveux, (fièvre, douleur musculaire, froid
intense à grelotter, angoisse, dépression, anémie,
perte de poids, manque d'appétit, insomnie, nervosité,
problème de thyroïde et j'en passe). De 55, je suis
descendue à 39 kilos en mois de 6 mois. Pour Halloween,
j'aurai pu me mettre sur le balcon à la place du squelette
(gag). Mon mari n'a jamais supporté cette maladie, bien
qu'il ne soit pas atteint et m'a tellement ignorée, tellement
rabaissée, tellement
tout, qu'au bout des 3 premiers
mois de traitement, j'en étais au point de choisir entre
la mort ou le divorce ; je ne suis pas morte ! Malgré
tout, j'ai continué le traitement et je me suis battue.
Je ne remercierai jamais assez ma mère pour son aide,
c'est aussi grâce à elle que je peux témoigner
aujourd'hui. J'ai 50 ans et demi et aujourd'hui, après
toutes ces souffrances, j'ai eu la plus belle nouvelle de ma
vie. Mon hépatologue m'a dit que j'étais guérie.
Bien sûr, il faut que je remonte encore un peu mon anémie
et les petits problèmes, mais je suis heureuse. Et c'est
pour cela que je voudrais dire à tous les malades atteints,
ne tardez pas à vous faire soigner et ayez confiance.
Battez-vous comme je me suis battue. Au bout du tunnel il y
a la lumière. J'en ai fait l'expérience. Je remercie
aussi tous les médecins et infirmières pour leur
gentillesse et leur aide. Alors, courage ! Amicalement
Josianne
HEYDEL
LA REVOLTE D'UNE INFIRMIERE
Infirmière depuis 30 ans, je n'ai jamais cessé
de travailler, avec passion malgré les difficultés
traversées (
)
Je suis révoltée par l'attitude de certaines personnes
qui ont été contaminées par le VHC (inconnu
jusqu'en 1990). Contaminées souvent par un matériel
non jetable et pourtant stérilisé (le VHC résiste
aux températures de stérilisation) ou par des
transfusions qui les ont souvent sauvées.
Ma révolte est celle d'une infirmière contaminée
et qui entend, sans rien pouvoir dire, ces mêmes malades
exiger que nous cessions de travailler.
Une infirmière contaminée ou pas, qui souille
l'aiguille ou l'instrument qu'elle a dans la main, va en changer
immédiatement. C'est la base de notre profession. Lorsqu'en
plus on se sait contaminé, on prend dix fois plus de
précautions. Il nous vient l'obsession d'éviter
toutes écorchures aux mains, de les laver et de les désinfecter
en permanence.
J'ai suivi 11 mois de traitement, en continuant à travailler.
La direction étant informée, le médecin
du travail m'a aidée à faire une déclaration
de maladie professionnelle. Je les remercie pour tout cela.
Mes collègues m'ont soutenue, et n'ont jamais rien changé
à leurs habitudes. Les seuls à qui je ne pouvais
rien dire, et je le regrette : les patients. Non pas que je
me sente coupable, mais ils n'auraient pas compris qu'ils ne
couraient aucun risque.
Avoir une hépatite C donne l'envie de chercher un coupable,
mais ce n'est pas la solution pour trouver la paix intérieure
et calmer son angoisse.
Je souhaite que les mentalités changent, et que nous
unissions nos forces pour lutter contre la maladie.
Cela fait 10 mois que je suis " négative ".
Courage à tous.
M.I.L
"
LA CONQUETE DE LA SANTE NE SE SEME PAS COMME UNE GUERRE,
car elle est liée justement au rétablissement
de la Paix. "
[Robert Dextrait (prix de l'Académie diplomatique de
la Paix - 1989]
Ce traitement est une épreuve longue de 6 mois, mais
qui n'est pas insurmontable. J'ai eu des effets secondaires,
problème de vue, dépression, fièvre, douleurs
musculaires, difficultés à respirer, perte de
poids, migraines, infections
Chaque problème fatigue.
Alors, tous ensemble, ça épuise !
Mais il faut garder une activité physique.
Priorité à l'entourage qui doit savoir et comprendre
le traitement. Se refermer est un piège.
Ma fille est partie en foyer pendant le traitement. Je conseillerai
aux familles mono-parentales d'avoir un soutien supplémentaire
pour les enfants. C'est, à mon avis, impératif.
Il faut maintenir un climat serein. Les petites disputes augmentent
les migraines, les migraines augmentent la nervosité.
Il faut vivre à son rythme, pas à celui des autres.
J'insiste : être solidement soutenu, bien entouré,
c'est primordial.
Bonne chance et bon courage à tous.
N.L.
HEPATITE B
J'ai 29 ans, technicien programmateur en informatique atteint
d'une hépatite B depuis 1998. Je n'arrive vraiment pas
à sortir de ma coquille. Il m'a fallut beaucoup de temps
pour admettre que j'étais atteint de l'hépatite
B. Ce qui m'agace le plus, c'est que depuis cette année,
je n'ai eu aucune relation sexuelle. Tout simplement parce que
j'ai une sorte de blocage. Je peux contaminer ma partenaire.
(
)
Khaled
SURMENAGE VERSUS CONCENTRATION
Brigitte témoigne
de la triste réalité d'actes médicaux afin
d'éclairer les consciences.
Il y a environ deux ans, Brigitte se présente dans un
service de phlébologie en cadre hospitalier. Elle eut
la désagréable surprise de constater que le praticien
usant d'une seringue stérile, a, ce jour là, par
inattention et négligence posé celle-ci dans un
haricot rempli de plusieurs cotons hydrophiles maculés
de sang. Mais quel sang ? Pas le sien !
Fortement interpellée par son geste, ayant d'autre part
eut à subir les atteintes d'une hépatite B quelques
années auparavant, elle s'est insurgée lui reprochant
sa faute professionnelle tout en lui précisant la dangerosité
de son acte.
Prenant conscience, reconnaissant sa faute, il a continué
à la traiter en spécifiant qu'il était
surchargé de travail (au point de ne pas trouver le temps
de se nourrir le midi).
" Que diable ! Travaillez moins
. Mais gagner moins
s'avère hélas peu intéressant " lui
dit-elle.
Argent, profit quand tu nous tiens. Que représente pour
toi la vie
. L'humain ? Soyez
. Soyons tous et toutes
extrêmement vigilants et vigilantes. La santé et
la vie sont à ce prix
.
Brigitte
" AFFRONTER AVEC FORCE ET OPTIMISME CE VIRUS QUI NOUS RONGE
"
Je tiens à témoigner sur ce traitement qui est
un vrai enfer. C'est une lutte de tous les jours. Les premières
personnes que je souhaite féliciter sont mon mari et
mes enfants, c'est aussi pour eux que j'ai lutté pendant
tout ce temps, ils m'ont toujours encouragée et ont toujours
eu beaucoup de détermination ; car je sais que cela n'était
pas facile tout le temps, surtout moralement.
Même s'ils le savent, je tiens par ces quelques lignes
à leur redire encore que je les aime de tout mon cur
et que je continuerai à me battre quoi qu'il arrive.
J'ai eu de la chance d'avoir des parents formidables et certains
amis aussi qui m'ont bien soutenue et qui me font oublier certaines
personnes que je croyais être des amis.
Je tiens aussi à remercier les personnes suivantes :
le Dr Payen de Purpan, mon docteur de famille, notre thérapeute
qui ont été formidables, et je n'oublierai pas
non plus l'association SOS HEPATITES : toujours quelqu'un à
notre écoute pour moi et mon mari des ces moments durs.
Je souhaite tout le courage et la volonté aux personnes
qui sont sous traitement, d'avoir affronté avec force
et optimisme ce virus qui nous ronge.
Mme B.
QUAND RETROUVERAIS-JE MES CAPACITES ?
Ce témoignage n'est pas fait dans le but de rappeler
les effets secondaires des traitements par interféron
+ ribavirine, mais surtout pour savoir combien de temps il faudra
pour qu'ils s'estompent après l'arrêt du traitement.
Certains effets sont-ils irréversibles ?
Les symptômes de mon hépatite C ont surgi suite
à des efforts physiques. Je suis éducateur, et
c'est en faisant un match de foot avec les gamins dont j'ai
la charge que tout est arrivé. Soudain, un point de côté
: sur le moment je pensais que c'était dû à
un effort prolongé, donc je ne me suis pas affolé.
Cette douleur n'est plus jamais partie, elle disparaissait légèrement
au repos, et dès le moindre effort c'était la
crise. J'étais tout le temps fatigué, alors je
décidai de consulter mon médecin. Après
toute une série d'examens, je me retrouve à l'hôpital
pour faire une biopsie du foie et ensuite pour m'entendre dire
que je devais être traité avec de l'interféron
et de la ribavirine pour une durée d'un an. J'ai donc
commencé de traitement dont on m'avait annoncé
des effets secondaires (un état grippal) qui devaient
durer 3 semaines. Le cauchemar a commencé au bout de
deux mois (troubles de la personnalité, asthénie,
problèmes dermatologiques, diarrhées, enfin la
totale !). Six mois plus tard, le virus n'était plus
là, mais je devais arrêter le traitement à
cause des effets secondaires trop importants.
Quelques semaines plus tard, les douleurs ont réapparu,
et suite à de nouvelles analyses, le virus était
de retour. Depuis trois mois, je suis de nouveau sous traitement
(interféron pegylé + ribavirine), j'ai toujours
des effets secondaires, je vis au rythme du traitement, la fatigue
est ma compagne. J'essaie de faire en sorte que mon moral soit
plus fort que la maladie, pour cela je reste en contact avec
mon secteur professionnel et des associations telle que SOS
HEPATITES, qui m'a beaucoup aidé à comprendre
la maladie et à la faire accepter par mon entourage.
Ma grande question reste la suivante : suite à la maladie
et à la prise de traitements, pourrais-je retrouver un
jour mes capacités physiques et intellectuelles comme
auparavant ?
Thierry
OUI, TOUT REVIENT, AUJOURD'HUI JE ME SENS BIEN
Alice répond à Thierry qui doutait de retrouver
toutes ses capacités après le traitement.
Bonjour Thierry,
Je suis sûrement plus âgée que toi, j'ai
53 ans. Le traitement Interféron+Ribavirine, c'était
le cadeau d'anniversaire pour mes 50 ans ! A la place de la
fête dont je rêvais, j'ai entamé le long
parcours que tu connais bien
Aujourd'hui, tu me verrais, tu ne croirais pas que je suis passée
par là. Tout ce que tu décris, je l'ai eu, et
à la fin du traitement, je pesais 42kg, au lieu des 49
actuels qui me conviennent parfaitement. J'étais pâle,
grise, faible, douloureuse, triste, et mes amis me disaient
que " j'avais pris un coup de vieux ". Crois-moi,
petit à petit, tout revient : les forces, l'équilibre
psychologique, la gaieté. Mais sois bien patient, et
indulgent avec toi-même.
Manges bien, choisis tes aliments : qu'ils te plaisent, qu'ils
passent bien.
Reposes toi, et offres toi les plaisirs que tu peux t'offrir.
Pour moi, c'était une balade par jour, le matin avant
la grande fatigue du début de l'après-midi, et
de la musique presque tout le temps, que j'écoutais de
mon lit ou de mon fauteuil-relax. Gardes le contact avec tes
collègues. Si tu peux, vois un psychologue : parler avec
quelqu'un d'extérieur à ta vie, à ton traitement,
et qui t'aide à relativiser les difficultés que
tu vis, ça fait du bien.
J'espère que ces conseils ne t'agacent pas. J'ai envie
de partager mon expérience, et si elle peut aider quelqu'un
j'en serais heureuse
Oui, tout revient : j'avais cessé de lire, car j'avais
mal aux yeux et à la tête. Je lis de nouveau, beaucoup
et vite. J'avais du mal à me concentrer et à la
fin de mon traitement, je me suis mise à l'étude
d'une langue étrangère difficile et d'un nouvel
instrument de musique. Ca marche. J'avais des douleurs, je croyais
qu'elles ne partiraient plus. Je n'ai ai plus du tout.
En résumé, pendant le traitement, comme après
le traitement, je me suis vraiment soignée, restant à
l'écoute de mes malaises, et demandant de l'aide, à
des médecins (mon généraliste d'une part,
un homéopathe nutritionniste d'autre part), à
un ostéopathe, à un psychologue. Je me suis aussi
renseignée du côté des médecines
naturelles : contre les douleurs dans les genoux et aux épaules.
Elles semblent avoir été parfaitement efficaces.
Aujourd'hui, je me sens bien. Je reste vigilante et prudente
mais je suis bien. J'ai bonne mine, et on me le dit. Les gens
à qui je dis à quel point j'ai été
malade le croient à peine, et ils me disent que ça
les rend optimistes, et confiants dans les progrès de
la médecine.
Courage Thierry ! On est tous avec toi !
Alice
NE VOUS LAMENTEZ PAS
Je suis de l'Ile Maurice. J'ai 35 ans, ex-toxicomane et porteur
de l'hépatite C. Cela ne fait pas trop longtemps que
je sais que je suis porteur de ce sale virus, qui me ronge nuit
et jour. Croyez-moi, être porteur du VHC, au début,
ce n'était pas facile du tout. Mais grâce à
l'association SOS HEPATITES, je m'en suis sorti.
Je suis en prison pour un délit de seringue. Chez nous
(prison) 60% des détenus sont porteurs. On reçoit
des réponses contradictoires au sujet de la maladie.
Ca me rongeait physiquement et moralement. Un jour, je suis
tombé sur un magazine qui parlait de l'association ;
j'ai tout de suite écrit au président. Je le remercie
de tout cur ainsi que toute l'équipe qui m'a aidé
à avoir les réponses qui m'étaient cachées.
Le lendemain, je suis allé voir le médecin de
la prison pour lui faire parvenir ma découverte sur l'hépatite
C. Vous savez ce que j'ai récolté ? deux jours
d'isolement. Croyez-moi, ce n'est que pure vérité.
Mais de chef de la prison m'a expliqué leur situation
et le prix du médicament qui n'est pas disponible sur
le marché local.
Imaginez-vous, les Français, avec toutes les facilités
que vous avez, sans dépenser le moindre sou et patati
et patata, pour vous aider. Vous devez être fiers d'être
Français, mais je ne comprends pas pourquoi vous vous
lamentez toujours au sujet du traitement qui vous aide à
vivre. Moi, je sais que je ne guérirai jamais. Le traitement,
je crois que je ne le toucherai jamais parce que le coût
du médicament est beaucoup trop cher pour pouvoir se
le procurer, c'est ce qu'a dit le médecin. Mais si j'étais
Français, je suis sûr que je serais guéri.
Désolé pour mon français, je suis allé
à l'école de la rue et à l'université
de la prison.
Merci à tous.
N.B. (Ile Maurice)
J'AI DE LA CHANCE DANS MON MALHEUR
OU L'ENDROIT DE LA MEDAILLE
Je crois être un mari adorable, un père qui aime
très fort ses deux enfants (une fille et un garçon
de 36 et 34 ans) et ses cinq petits-enfants (quatre petites
filles et un petit-fils). Mais voilà, ma vie est devenue
un calvaire, du fait de cette bête qui ronge mon foie
depuis 1984.
Selon les dires de ma proche famille (de souche ou par alliance),
je serais contagieux, et dès lors suis traité
en pestiféré : il est interdit de venir boire
un verre chez moi ou de partager un repas à ma table.
Je pleure tous les jours sur l'absence de visite de mes petits-enfants
dont j'ai enlevé toutes les photos, car cela devenait
trop pénible pour moi d'en être privé. Un
jour, mon gendre a dit à son épouse : " je
ne veux plus que mes filles approchent ton père. L'interdit
ne concerne pas Jeremy, né avant ses demi-surs,
et qui ne fait que porter le nom de son père adoptif
". Celui-ci, militaire de carrière, part souvent
pour l'étranger (le Golfe, la Bosnie, Mayotte, Djibouti,
pays à risques s'il en est
). Il est permis alors
de se poser la question : qui peut contaminer l'autre ?
En attendant, je souffre beaucoup de cette situation, et les
juges dans les tribunaux ne font rien pour m'amener le peu de
réconfort que j'attends d'eux. La loi est-elle ainsi
faite pour les grands-parents ? Je sais maintenant que je partirai
sans avoir revu mes petits-enfants
Pour ma femme, la vie est très dure. Sa souffrance pèse
lourd sur ses épaules depuis le jour où elle a
appris, en 1993, ma contamination. Aujourd'hui, je me sens déprimé,
n'ai plus goût à la vie qui est devenue un enfer.
J'ai du mal à marcher car mon hépatite est chronique
et s'y ajoute tout le reste
.
J'affirme qu'en raison de tout le soutien, de tous les soins
qu'elle m'apporte, de la permanence de son sourire, de tout
le temps qu'elle passe à mes côtés, sans
cesser de répéter que nous sommes mariés
pour les bons comme pour les mauvais moments de l'existence,
ma femme qui entend assumer son devoir d'épouse, mérite
la plus grosse médaille d'or qui puisse exister ! cela
fait très longtemps que nous dormons côte à
côte, tels un frère et une sur. Elle me dit
toujours : " ce qui m'importe, c'est que tu restes le plus
longtemps possible auprès de moi et que l'on se batte
ensemble parce que je t'aime tant ! ". Je ne doute pas
de la sincérité de ses paroles, car je lis dans
son regard tout l'amour qu'elle me porte. Je la soupçonne
de pleurer souvent en cachette, dans un coin de la maison, bien
qu'elle fasse toujours bonne figure devant moi.
Elle est vraiment très dévouée et j'aimerais
passer un message à l'intention d'autres couples qui
se trouvent dans notre situation ? Je ne comprends pas les hommes
et les femmes qui abandonnent l'être aimé à
son triste sort de malade. Moi, j'ai de la chance dans mon malheur.
Mon épouse fait partie des " épatantes "
et, de tout cur, je l'en remercie et souhaite que beaucoup
d'autres contaminés soient dans mon cas. D'une certaine
façon, je me sens heureux en dépit de mon malheur
car mon épouse ne m'a jamais lâché et déploie
une formidable énergie en faveur des personnes atteintes
du VHC.
See, Sex & C
Ou L'envers de la Médaille
Alice est adorable. Jeune quinquagénaire, mignonne à
croquer, tonique, bien dans sa tête et dans ses escarpins,
qui pourrait penser qu'elle est contaminée par l'hépatite
C ? Et pourtant, c'est sa réalité qu'elle assume
le mieux possible, sans plainte ni gémissement, s'estimant
heureuse que ses examens soient rassurants et ne révèlent
pas une cirrhose en gestation.
Lorsqu'elle est venue rejoindre notre association, c'était
pour militer, pour aider les autres. Nous avons parlé,
sympathisé. Les confidences sont venues, avec le temps.
Alice vit seule. Ses enfants sont adultes et autonomes. Elle
a divorcé il y a très longtemps, avant sa contamination
qu'elle situe en 1980. C'est en 91, à l'occasion d'un
don du sang qu'elle a découvert sa séropositivité
et les examens complémentaires ont conclu à une
hépatite C chronique. Elle a encaissé, souffert
du manque d'information mais a fait front et sauvegardé
l'essentiel de sa vie, du moins ce qui ne ressort pas de la
vie privée, de la vie affective.
En 1991, quand elle a appris sa pathologie, elle était
en vacuité sentimentale. Depuis deux ans déjà.
Ce n'était pas, pour elle, un problème existentiel,
car, fataliste, elle se disait que le Prince Charmant, si il
devait croiser son chemin, saurait se faire reconnaître.
Et s'il ne venait pas, la vie offrait aussi d'autres satisfactions,
peut-être un peu plus stériles, mais contre mauvaise
fortune, bon cur.
Le Prince Charmant a croisé son chemin. Deux fois.
La première fois, il avait les traits d'un homme fort
sympathique, divorcé également. A la cinquantaine,
on sait prendre son temps. Donc le "feeling" s'installe.
Les rencontres se multiplient. La complicité est là.
Tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes. Mais pour
lui davantage que pour elle. Car, dans cette belle histoire,
elle a toujours au fond de sa tête une petite ritournelle
qui lui répète : "quand est-ce que tu vas
lui dire ? Les choses se précisent, tu ne peux pas passer
au stade de l'intimité sans l'avoir informé avant.
Il te faut lui parler. Toi-même tu n'aimerais pas du tout
être mise devant le fait accompli. Tu prendrais cela comme
un abus de confiance. Allez, courage, il faut parler
".
Et un soir, au cours d'un souper en tête à tête
qui devenait de plus en plus tendre, elle parla. Il écouta,
se figea, ne posa aucune question malgré toutes les perches
qu'elle lui tendit. Le souper était soudain moins succulent
et la tendresse s'évanouissait pour laisser place à
la gêne, au retrait de l'autre. Ceci se passait chez lui.
Il l'avait invitée. Avant les agapes, il lui avait fait
visiter sa maison, sa chambre, avec une lueur complice au coin
des yeux. Il habitait à 50 kilomètres de chez
elle. Il était tard. Le souper était maintenant
fini. Il parla un peu, très pudiquement, de la santé
de sa vieille mère qui le préoccupait, du fait
qu'il ne supportait ni le mot médecin, ni celui de médicament
et encore moins celui de maladie. Il proposa la chambre d'amis
.
Elle refusa, prétexta qu'elle était lasse et qu'elle
avait totalement oublié que le lendemain elle avait une
réunion très importante, à la première
heure, où elle devait être performante. Bref, elle
repris sa voiture et rentra chez elle. La nuit était
claire, le temps était beau, c'était juillet mais
elle ne s'en aperçut pas. Elle pleura pendant tout le
parcours. Déception, orgueil blessé, adieu les
rêves et le prince charmant
Quand elle arriva chez
elle, son répondeur téléphonique lui fit
signe
C'était lui. Il bredouillait, s'excusait,
lui disait qu'elle avait toutes les qualités de la terre
mais qu'il avait trop peur et qu'il ne pouvait plus rien envisager
avec elle. On resterait amis
Elle s'en remit. Le temps passa.
Quelques années plus tard, le destin lui envoya un autre
Prince Charmant. Elle se cabra, fit tout pour décourager
ce prétendant, le souvenir de son échec cuisant
et de la fin de non recevoir qu'elle avait du encaisser remontant
à la surface. Il s'imposa. Elle parla. Il entendit, dit
qu'il comprit, qu'il acceptait. Il avait beaucoup voyagé,
travaillé chez les lépreux en Afrique et lui dit
que ce n'était pas un petit virus appelé C qui
allait leur gâcher la vie. Elle le crut. Elle n'attendait
que ça
La vie s'installa. Pas très facile
car il attendait beaucoup d'elle, trop certainement. Un jour,
toujours au cours d'un souper, il lui déclara qu'il était
très déçu de leur relation et qu'il n'était
vraiment pas payé de retour par rapport aux risques qu'il
avait pris. De peur qu'elle ait mal compris, il rajouta : "je
suis certain que si Chirac savait ça, il me donnerait
une médaille. Quel mec se serait engagé à
tes côtés, à ma place ?
".
Elle ne digéra jamais la "médaille".
Alice vit seule. Elle ne se met plus jamais à table,
pour le souper. Elle ne veut plus jamais entendre parler de
vie sentimentale, de liaison, de couple. Elle dit avoir fait
son deuil de sa vie privée. Que c'est vraiment payé
trop cher, trop difficile, trop douloureux, insurmontable. Elle
rajoute même en souriant, "d'ailleurs je ne suis
pas vraiment seule. J'ai un concubin, Monsieur le virus "C"
et avec lui, au moins, on arrive à négocier, et
presque à s'entendre".
Pour Alice, la vie ce n'est plus "sea, sex & sun",
c'est désormais "wait & see".
LA SEULE ISSUE QUE L'ON M'AI PROPOSEE : LE RMI
Agée de 50 ans, c'est en mars 1997 que nous nous sommes
aperçus que j'étais atteinte par le virus de l'hépatite
C. Selon toute vraisemblance, ma contamination a eu lieu lors
d'un examen médical (fibroscopie) en 1992. Je suis commerçante,
je tiens seule un magasin qui est ma seule source de revenus.
Enfin, je suis célibataire ; c'est donc seule que j'assume
et supporte le quotidien !
Jusqu'à ce jour, j'ai suivi un premier traitement (interféron
en 1997-98 puis un second (interféron +ribavirine) en
1999-2000. Je commence un troisième traitement (interféron
pégylé+ribavirine). A l'approche de ce nouveau
traitement, je m'interroge pour l'avenir. Je sais maintenant
à quoi m'attendre et la fatigue, les douleurs articulaires
m'empêchent de tenir correctement mon commerce. Je ne
peux pas me permettre d'arrêter, cependant je suis amenée
parfois à fermer, d'où perte de revenus et perte
de clientèle.
De plus, mon habitation est accolée à ce fonds
de commerce. Si je suis obligée de déposer mon
bilan, je perds ma maison par la même occasion. Peut-on
penser, à l'heure où le gouvernement tente de
convaincre les chercheurs d'emploi que la solution tient dans
la création d'entreprise, que le système et les
droits offerts aux commerçants soient un jour au moins
équivalents à ceux des salariés ? La seule
issue que l'ont m'ait proposée après le dépôt
de bilan, c'est le RMI !!! (
)
Annie
LETTRE A MON HEPATITE C
Je voulais te dire que je ne veux plus de toi.
Va polluer les autres, mais s'ils sont comme moi
Ils te rejetteront comme un vieux torchon.
Toi qui fais du mal, nous aussi on peut te détruire :
Maintenant on a les moyens. La science va te rejeter.
Dégage de là, part au loin,
Fais toi toute petite,
Disparaît
De ma vue et de mon corps.
Je te hais, " basta " de toi.
Simone
SANS COMMENTAIRE
Quand j'ai dit à ma femme que j'allais débuter
un nouveau traitement (j'en suis au troisième !), elle
m'a répondu :
-tu vas de nouveau être malade ?
Tout est dit !
Manu
" Apprivoise la douleur pour en avoir raison ", ainsi
parle sur l'autre bord le sage en bonne santé. Un sage
fort de son inexpérience et qui n'est, au demeurant,
qu'un plaisantin.
Cette citation est tirée du livre de Louis René
Des Forêts : Pas à pas jusqu'au dernier
" Ce n'est pas parce que les choses sont difficiles que
nous n'osons pas. C'est parce que nous n'osons pas qu'elles
sont difficiles "
Sénèque
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